13 mai – La nuit
Je dormais profondément. Un rêve actif, en cours. Je suis debout et endormi.
Le vent pousse. Presque de l’arrière à 180 degrés.
Il tergiverse. Les voiles hésitent sans savoir sur quelle amure porter le voilier.
Notre cap n’est pas parfait. Notre parcours sera allongé si je ne fais rien. Les voiles sont bruyantes par à-coups.
Je me décide à faire un virement de bord.
Le voilier prend de la vitesse aussitôt. Il glisse et fend les vagues. Les sons de l’eau sont francs et sans hésitation.
Les voiles pleines d’air.
Olivine a une belle allure dans le noir de cette nuit sans lune ni étoile. Tout le monde peut maintenant mieux dormir.
15 mai
Le parcours avance
Le cap de la moitié du chemin est passé. Je ne compte plus les jours complétés, mais les jours restants à faire. C’est une autre façon de planifier plus exigeante en considérant la météo à venir. Je planifie encore sept jours. Selon les prévisions souvent changeantes dans ce coin du monde.
Il est difficile de s’y fier et ça peut devenir frustrant. Chaque étape d’une journée devient importante pour la journée suivante. Le changement de météo peut modifier les points de chaque jour.
Je réalise qu’il est préférable de continuer à compter les jours qui passent que ceux qui restent. Sans trop savoir quand nous arriverons.
Tout de même, il y a moins de jours à faire. On commencera à espérer voir la terre. « Terre en vue! », criera l’œil vigilant.
18 mai
L’homme et les vagues (bis)
Il y a une importante dépression au nord de l’Atlantique Nord. On remarque un immense tourbillon rouge sur les logiciels météo. Le bleu signifie des vents faibles à modérés. Le rouge, le vent est de modéré à fort. Et les autres « bleus » tirant sur le mauve, daltonisme oblige, sont très forts à difficilement supportables en voilier. Heureusement, ce n’est pas la saison des mauves.
Autre chance heureuse est que les vents forts s’amenuisent tout près de nous. Il a suffi de prendre la fuite vers le sud-est et nous avons évité des vents jusqu’à 28 nœuds. Avec les heures, ces vents ont aussi diminué légèrement.
Au lieu de passer 48 heures dans des eaux mouvementées, ce sera 24 heures dans des vents de moins de 20 nœuds. Cela change tout pour la formation des vagues.
Ce n’est pas tant la force du vent qui rend difficile la navigation. C’est la formation des vagues par les vents forts et changeants. La houle rend très difficile la vie à bord du bateau.
J’ai aussi appris une explication des effets sur notre corps. C’est le concept de la force gravitationnelle des mouvements verticaux. C’est ce qui donne les vrais maux de mer. Chaque déplacement est ardu. Juste aller pisser devient une corvée. Imagine cuisiner un repas trois services. Même manger peut être désagréable.
Dormir dans la cabine avant. Vue du cockpit, le nez du voilier monte d’un mètre en moins d’une seconde. Il redescend aussi rapidement. Imagine ta tête sur l’oreiller. Elle pèse 10 kg et, soudainement, elle flotte en apesanteur. Avec un petit mouvement soudain vers bâbord. Sur le dos. Sur le côté. Tout bouge. C’est excellent pour se souvenir de tous ces rêves.
J’arrête ici. Je dramatise quelque peu. Je sais que ça ne dure jamais. Et les moments calmes de la mer sont immensément appréciés.